danser encore

d’ici et d’ailleurs, 39
Montreuil, le 21 mars 2021

Premier jour du second  printemps confiné
deuxième jour d’un 3è confinement moins confiné
en Île de France, Hauts de France, un bout de Normandie et de Côte d’azur
369ème jour de restriction des libertés individuelles et collectives dans tout le pays

Nous on veut continuer à danser encore
Voir nos pensées enlacer nos corps
Passer nos vies sur une grille d’accords

Oh, non non non non non non
Nous on veut continuer à danser encore

Kaddour Hadadi

petit bal à Montreuil, début mars 2021

Début mars, en fin d’après-midi,
Un petit bal derrière les volets fermés :
…Vous entendez le violon, l’accordéon ?… des airs très doux, des valses, des tangos…
– tu me demandes : où ça?

Non je n’me souviens plus du nom du bal perdu..

c’était pas tout juste après la guerre, non,
c’était tout à la fin de l’hiver, juste avant le couvre-feu dans Montreuil à demi-confiné. Deux musiciens, une dizaine de couples qui dansaient, et autant de voisins attentifs, qui étaient là, à écouter, à regarder. Incognito. Au petit bal clando.

Ce n’était pas le premier bal, non, et ce ne sera pas le dernier, car musiciens, danseurs, auditeurs, nous avons tant besoin de jouer, d’écouter, de danser. Il y a d’autres lieux encore où on se retrouve, ici – pour danser, pour chanter. L’un d’eux au moins est connu de la police, qui se pointe à l’heure du couvre-feu, pour arrêter la musique – sans plus.

Les métros sont pleins, les salles sont vides.
Jouer encore, danser encore, chanter encore ?…

« Les artistes et les équipes techniques répètent », dit le Nouveau Théâtre de Montreuil.
Derrière chaque rideau baissé, c’est la même chanson.
C’est bien vrai que beaucoup par ici répètent, font des résidences – on dirait qu’on n’a encore jamais autant répété, autant résidé. Il y a ceux qui travaillent encore pour et avec de vraies gens – pas bien nombreux. Ceux qui travaillent devant des écrans – comment fais-tu, Miguel, pour faire jouer de la guitare à tes élèves ? Ceux qui présentent leur spectacle, leur film, devant une poignée de professionnels – quel ennui ! Et il y a tous ceux qui n’en peuvent plus de ne plus travailler du tout, de ne plus avoir de scène, plus de public. Alors ils inventent. On n’a jamais autant inventé. Il y a ceux qui préparent des spectacles fabuleux, tout seuls dans leur chambre, qui composent les plus merveilleux albums, tout seuls dans leur studio, mais reliés à la terre entière. Ceux qui font de la musique, du théâtre dans les jardins. Dans les rues. Il y a ceux qui chantent dans les écoles. Ceux qui font d’incroyables performances sur nos écrans. Ceux qui occupent les théâtres : la presse est remplie de leurs actions, ces jours-ci.

Et il y a aussi, depuis le premier confinement, ceux qui partent s’installer loin d’ici, pour planter leur scène en pleine terre, au milieu des prés, des vaches, des villages et des forêts : Agnès, Sergi, avez-vous pris racine ? Xavier, Joséphine, Bonne chance !
Il y a Victoria : elle fait le tour de France de ses amis avec son accordéon, à chacun-chacune elle offre une de ses chansons, et l’ami-e lui en offre une aussi – l’autre jour elle s’est arrêtée chez nous, à Montreuil. Merci à toi !

Et nous, le public sans artistes, les élèves sans enseignement artistique incarné, on glane ces brins de rencontres, ces brisures de présences virtuelles, on écoute chanter les fresques dans le silence des rues. Heureusement, il y en a beaucoup par ici.

Et puis heureusement,
à la sortie du métro, il y a les Gitanes qui vendent des jonquilles
dans les jardins il y a les sportifs qui sautent qui courent qui dansent
à la maison il y a Aïda qui compte les temps et danse le flamenco tous les mardis – avec sa prof de la Maison Pop dans l’ordinateur

avec le collectif La Vida, 21 mars

Et ce matin, dans le square derrière le marché Paul Signac, il y avait le Collectif de Montreuil La Vida, qui jouait, chantait, qui dansait la chanson de HK « Danser encore ».
Alors aujourd’hui, premier jour du Printemps, on a dansé, dansé encore.

4 commentaires sur « danser encore »

    1. merci Marie-Paule!
      oui! mais toute la question, c’est de continuer à danser – le plus possible, partout où c’est possible – sans mettre en danger ceux et celles qui tant que le vaccin n’est pas généralisé, sont encore fragiles…!

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  1. ah! merci Nicole pour ce commentaire et ce lien !! oui, on attend de pied ferme la réouverture de nos salles de cinéma – tout particulièrement, celles de ce cinéma magique qu’est le Louxor (je précise pour les lecteurs-lectrices de ce blog, qu’il a ressuscité récemment grâce à un collectif dont tu étais une actrice majeure !) – et celles du Méliès, où même les parisiens allaient/iront se faire une toile !

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