supergirls

d’ici et d’ailleurs, 30
Montreuil, 13 janvier 2021

Viens vite, cours. Et ton corps va plus vite que tes pensées, mais rien, entends-tu ? rien, ne peut te dépasser.
Paul Eluard, Le grand jour.

Dugudus, fresque Cité de l’Espoir, janvier 2021

Si c’est un superhéros, alors c’est une superhéroïne, qui s’élance, escalade les parois, qu’il pleuve ou qu’il vente – qui bondit quand nous grimpons aux murs de nos colères et de nos peurs :
« …va, cours, vole, et nous venge ! »

Si c’est une figure, alors c’est celle bleu-blanc-rouge de la révolution en marche, allègre, poing levé, cri hurlé. Fille de Rude (l’allégorie de la Marseillaise, sur l’arc de triomphe) et de Delacroix (La Liberté guidant le peuple). Fille du Front populaire dans son bleu de travail – avanti o popolo, alla riscossa!

Si c’est une image, alors c’est celle d’un corps en apesanteur sur l’acrylique bleu ciel du mur gris, des façades grises – plus enlevée que celle des danseuses du Détachement féminin rouge, plus crédible que celles des supergirls, superwomen et autres batwomen dont le poing tendu ne brandit aucun message.

Si c’est un métier, alors c’est l’athlétisme : elle pratique le saut en hauteur ou les sports de combat – super détente du gauche, ballon dans le panier, impeccable kata – précise, martiale et rapide, par définition : ça urge !

Si c’est un ange, alors c’est une archange dans le feu de l’action – pas un béni oui-oui agenouillé, sucré, compassé. Plutôt le genre Michel-e terrassant le dragon – celle de la Fontaine Saint-Michel par exemple, ou de la flèche dorée du Mont.
Une qui lutte et qui protège. Bras tendu, manches retroussées.

Et si c’est un être humain alors c’est une femme. Comme celle qui est restée à l’affiche du Méliès fermé pendant des mois – poing levé du #femalepleasure de Barbara Miller – et du H du Hashtag #sauvonsl’hopitalpublic.

…La voilà ! Depuis quelques jours, la wondergirl de Dugudus affiche ses 15 mètres de haut sur 20 mètres de bleu azur, sur un pignon de la Cité de l’Espoir, à quelques mètres de la place de la mairie.
La soignante est en tenue – blouse ouverte, calot sur la tête, crocs aux pieds, stéthoscope au cou. À l’assaut de l’avenir (qui est toujours à droite), elle tient à la main une banderole et bondit – non pas masquée, comme ces autres militant-es peintes par l’artiste pour le FGTB (un syndicat belge), mais cheveux au vent, gueule ouverte.
Et elle crie : Sauvons l’hôpital public!

L’hôpital public, ici, c’est le CHI André Grégoire : pas pour les seuls montreuillois, mais pour 9 communes du 93.
La fresque monumentale, c’est une commande municipale bien sûr.
Après plus d’un an à réclamer la suppression de la dette de 98 millions d’euros de l’hôpital – plus de 10 000 signataires de la pétition.
Après des mois de campagne dans la ville.
Après la mobilisation de cet automne – et la manifestation du 28 novembre dernier, #Hopitalday – les affiches sont encore là, dans les rues.
Avec, surtout, cette population bâillonnée par le confinement, qui hurlait en silence, depuis mars 2020, aux fenêtres, aux grilles et aux balcons.
Aujourd’hui, près d’un an plus tard, ce sont à peu près les seules banderoles du printemps dernier qui ont résisté au temps qui passe.

Un avis sur « supergirls »

  1. Chère Marie,

    Merci beaucoup pour votre lien vers votre blog. Vous avez raison, je ne comprends que très superficiellement ce que vous écrivez et je dois m’aider d’un traducteur. Mais je pense que les images, surtout sur cette page, sont déjà pleines de sens même sans le texte.
    Je suis ravi et très heureux de regarder encore plus par ici !
    Quelle page forte et expressive – merci !

    – la petite Marie-

    (J’espère que ce que j’écris est assez compréhensible, cela fait longtemps….)

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