pour Aïda

chronique montreuilloise
samedi 2 mai 2021

Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent
Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent
Où les fleurs volent au vent, si jolie mignonne
Où les fleurs volent au vent si mignonnement…

Bonjour Aïda jolie, aujourd’hui, tu as sept ans! Et ce matin, pour ton anniversaire, je chante pour toi cette chanson que tu connais bien : les fleurs volent au vent…le gentil fils du roi s’en va les ramassant…. il en ramassa tant qu’il en remplit ses gants !…
Sept ans : on dit que c’est l’âge de raison. Mais c’est faux, tu le sais bien. Ça fait déjà longtemps que tu es capable de raisonner, de voir ce qui est juste ou pas juste – ce qui ne veut pas dire que tu es raisonnable tout le temps, n’est-ce pas? Les grandes personnes non plus, remarque.
Aujourd’hui tu es à la campagne, dans la maison de ta grand-mère, de tes arrière-arrière-grands mères, celle qui était couturière (à l’époque, c’est un masque à gaz qu’elle a récupéré, la pauvre, tu le trouveras en haut de son armoire), celle qui était bergère (qui gardait de vrais moutons et se battait contre de vrais loups ! Son bâton ciré est dans mon ancienne chambre, près de la fenêtre.) Et hier, je me demandais si cette année, il y avait encore des mais dans les rues du village, comme quand ta maman était petite, ou même encore après.
– Tu ne sais pas ce que c’est ?
– Alors voilà : la nuit d’avant le 1er mai, dans le village, les garçons allaient chercher de jeunes beaux arbres déjà grands, dans les bois, et ils les attachaient aux portes des jeunes filles. Un charme par exemple, si elles étaient charmantes et bonnes filles… et sinon… rien! Ou au pire une botte de foin. – À ton avis, c’est quoi une bonne fille ?… En tout cas, les filles étaient toutes bien curieuses et un un peu inquiètes, en se réveillant le matin!

Il en ramassa tant qu’il en emplit ses gants, si jolie mignonne… à sa mie les porta, les donna en présent….
Il y avait encore autre chose. Cette même nuit, les garçons ramassaient TOUT ce qui traînait devant les portes : si tu avais oublié un banc, une brouette, un pot de fleurs, un vélo, n’importe quoi, tu devais aller le récupérer le matin dans le tas empilé sur la place de la mairie!… je me suis fait attraper plusieurs fois !!

Aïda chérie, depuis longtemps on ne se voit plus que sur le téléphone – mais l’autre jour, j’ai cru te voir en grand sur un mur, derrière la piscine! Quand on se retrouvera, à Montreuil, on se serrera aussi fort qu’on s’aime – comme maintenant, avec le cœur, les sourire et les yeux seulement – mais de tout près, presque pour de vrai !

Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère grand
C’est la maclotte qui sautille.
..
Pour ton anniversaire, je t’envoie aussi le début de cette poésie, que j’aime beaucoup, j’espère que tu l’aimeras aussi. Elle est de Guillaume Apollinaire, et elle s’appelle… Marie !
La suite est très belle mais un peu triste, alors oublions-la pour le moment.

Je me demande si vous avez hâte de retrouver votre école, vos copines, Rita et toi ? Je suis sûre en tout cas, que tu n’attends pas de reprendre les cours de flamenco à la maison pop pour danser, danser, danser !!! On dansera aussi ensemble, je te le promets. C’est toi qui choisiras le musique. En attendant, je t’envoie une image du manège où tu aimais tant tourner tourner quand tu étais petite, celle de la rue Pépin que tu dévales sur ta trottinette en revenant du Centre aéré, celle de la bibliothèque où tu es si bien, vue du square d’à côté. On ne sait pas quand ils vont rouvrir. Ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir encore un peu pour aller à l’école, c’est le maire qui l’a dit, deux semaines au moins, peut-être plus. Mais tu as sept ans, tu es grande, tu sais faire l’école et la récré à la maison.

Je t’envoie aussi une image que j’ai trouvée dans un cité pas loin d’ici : je me demande si tu es d’accord ou pas avec ce qu’elle dit ? Tu peux te poser la question, et la poser autour de toi : tu vas voir, ça va donner de drôles de discussions !

Aïda chérie, toi qui portes un si joli nom de tambours et de trompettes, d’amour et de liberté, celui de ta tata Aïda de Dakar aussi, je t’envoie l’image de ce musicien gitan, qui joue pour nous tout près d’ici. Ici, la balançoire, ta maison, tous tes livres et tes jeux t’attendent. Et moi, je regarde les dessins que tu m’as donnés avant de partir, ce sont des trésors qui me parlent de toi.
BON ANNIVERSAIRE, grande petite Aïda!

*Le poème d’Apollinaire est dans Alcools. Les fresque, rue du Sergent Bobillot, à La noue et rue Saint Just, l’école Diderot en haut de la rue Pépin, le manège devant la mairie, la bibliothèque Robert Desnos près de la mairie, et la balançoire dans le jardin.

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